Affiche
L’affiche, quel que soit son objet, a vocation à être collée sur une surface, dans un lieu public, de façon à ce qu’elle soit vue et lue après avoir suscité l’intérêt des passants. Cette caractéristique rend l’affiche essentiellement liée à des sociétés libérales, où la liberté d’expression est garantie et respectée. Toutefois, même dans les espaces bénéficiant de telles libertés, le collage d’une affiche reste contrôlé par des conditions édictées par la loi. Quant aux régimes totalitaires, l’affichage y est complétement interdit et peut éventuellement être permis qu’après obtention d’autorisations spéciales.
Les affiches ont accompagné la Révolution depuis son déclenchement. Des collectifs en ont réalisées et publiées de nombreuses sur Internet. Cette initiative a mis un terme au passé totalitaire de l’affiche syrienne. Elle ne servait jusqu’alors qu’à entretenir le culte du chef suprême, à travers des photographies avantageuses de celui-ci et des formules de révérence en guise de titres. Ces collectifs ont posé les bases d’une affiche nouvelle, ouverte sur les horizons de la liberté invoquée. Certaines de ces affiches étaient imprimées puis brandies au cours des manifestations. Mais leur espace d’exposition principal est resté la toile virtuelle des nouveaux médias, ou encore les villes étrangères où s’activent de nombreux militants syriens de la Révolution, Beyrouth en première ligne.
Bannières
Les rues de Syrie et ses espaces publics avaient pour habitude d’être inondées de bannières à l’occasion de lancements de festivités ou afin d’exprimer son allégeance au chef ou au parti. Rédigées dans une langue pauvre, avec des calligraphies très monotones et dénuées de toute créativité, les banderoles ne trouvaient pas leur sens dans le message qu’elles portaient, mais dans la signature de leur propriétaire ou de son commanditaire. Leur rôle était de manifester leur soutien au pouvoir: ceux-ci espéraient ainsi obtenir ses faveurs ou sa non-intrusion dans quelques affaires…
Les banderoles, au temps de la tyrannie, n’étaient que les signes de la peur et de la corruption ambiantes.
Avec le début de la révolution, les bannières ont retrouvées leur fonction première. Le vocabulaire utilisé s’est renouvelé, les champs sémantiques se sont élargis, un nouveau dictionnaire a pris le pas. Une nouvelle forme du “dire” les a habitées, et le nom du commanditaire a disparu. Il n’y a pas dans la révolution de ces personnes qui cherchent grâce, il y a des citoyens : ils n’expriment pas leurs intérêts particuliers mais leur envie de liberté et leur espoir d’une Syrie plus belle.
Les bannières du temps de la révolution sont les symboles de la liberté et de l’espoir.
Le support utilisé pour les bannières a aussi changé : elles ne sont plus de tissu, mais de carton. Non pas que ce soit plus esthétique, plus simple ou moins cher, mais parce qu’il n’y a plus assez de toile pour les linceuls des martyrs.
BD
La Bande-Dessinée (BD) est désormais reconnue comme le huitième art après le cinéma. Son histoire commence en Suisse, en 1830, avant qu’elle ne se propage en Europe et en Amérique. Les premiers albums qui lui sont consacrés apparaissent aux Etats Unis au début des années 30 du siècle dernier. Plusieurs décennies se sont ensuite écoulées avant que ne soient publiées des versions en arabe de ces albums, en Egypte.
Cet art ne s’est pas développé localement en Syrie, ni dans les autres pays arabes. Il est resté le domaine des amateurs malgré les tentatives de la revue Oussama, publiée par le Ministère syrien de la culture, de l’intégrer dans ses pages.
Il existe désormais des artistes de B.D syriens talentueux, dont certains n’ont pas manqué de prendre le train de la révolution et de produire des histoires sur cet évènement.
Il s’agit en fait d’une révolution dans le domaine des arts plastiques en Syrie.
Calligraphie
Le siècle dernier a vu s’affirmer deux phénomènes négatifs pour l’art de la calligraphie.
Le premier apparait dans le lien qu’ont établi les calligraphes entre l’esthétique du trait et le caractère sacré ou l’éloquence du texte écrit. Ce qui a eu pour effet de réduire la calligraphie à un élément décoratif au service du sens du texte.
Le second phénomène est celui de l’utilisation de la lettre alphabétique dans la peinture comme réaction identitaire nationaliste ou religieuse, face à la diffusion des courants artistiques picturaux européens dans le monde. Ce qui a eu pour effet de reléguer en grande partie ce genre au domaine du folklore.
Un petit nombre de calligraphes en Syrie et dans le monde arabe ont travaillé à conserver la calligraphie comme art à part entière, ouvert aux possibilités de renouveau et de création. Ils ont résisté ainsi à la tradition esthétique issue de la politique imposée par les régimes totalitaires.
Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant de voir que les plus importantes créations calligraphiques arabes liées à la révolution sont issues d’initiatives libres.
Par ailleurs, la calligraphie dans sa forme traditionnelle est toujours produite en quantité, tandis que la mise en scène de la lettre alphabétique a presque disparu du paysage calligraphique.
Caricature
L’art de la caricature a fait son entrée en Syrie au début du 20ème siècle. Les dessins d’alors ressemblaient à une traduction visuelle accentuée des railleries de la société. Plus tard, les caricatures ont acquis un caractère critique mordant au sujet de la politique et ses gens, en particulier dans la revue Almudhiq Almubki (1966-1929), puis la revue Domari (2001-2003).
L’événement politique a été le sujet principal de la caricature en Syrie. Ainsi, lorsqu’elle prenait pour cible des personnes en particulier, il s’agissait de personnalités éminentes de la scène politique. Le pays a connu des caricaturistes talentueux, mais qui ont travaillé pour la plupart à l’étranger, la marge de liberté possible ne permettant pas à leurs œuvres de paraître dans le pays.
Avec la Révolution, les moyens de communication modernes permettant d'échapper à la censure et l’apparition d’un grand nombre de publications révolutionnaires, la caricature syrienne s’est développée : de jeunes artistes ont fait surface après que la Révolution leur ait impulsé le sens de la liberté, sans laquelle cet art ne pourrait pas vivre. Actuellement, il semble qu’un nouveau courant de dessin, caractérisé par sa parcimonie dans le trait et le mot, se développe et se fraye une place au côté des caricatures classiques connues.
Cinéma et Films
Dans la révolution syrienne, le cinéma a une place particulière : il est sans doute le seul art dans lequel la Révolution a trouvé une forme d’expression spécifique nous permetttant de le qualifier de « Cinéma de la Révolution syrienne ».
L’enregistrement des événements sur les caméras des téléphones portables est à l'origine de ce style créatif nouveau. Les séquences vidéo diffusées par les chaînes de télévision et les réseaux d’information sur Internet étaient les seuls et uniques témoignages de ce qui se passait réellement sur le terrain.
Au-delà l’aspect fonctionnel de ces vidéos, on peut parler d'une dimension artistique et esthétique particulière qui les rattache à un genre nouveau du cinéma par l’utilisation du téléphone portable, appelé le “Cinéma du portable”. Mais si le réalisateur choisit parfois cette technique volontairement pour l’apport esthétique qu’il recèle, nous sommes ici dans une situation différente, où celui qui filme - en général un amateur - se voit imposer cette technique par manque de moyen.
Les caractéristiques de cet art cinématographique proviennent de l’implication du “caméraman” dans le groupe qui créé l’événement, d’où : un cadrage non maitrisé - qui échappe à celui qui filme et se dessine selon les mouvements spontanés de son corps - ainsi qu'une imagé perturbée, imprécise, parfois floue, car le caméraman n’a pas le loisir de la capturer avec une approche esthétique.
Les cinématographes activistes ne se sont pas contentés de filmer les événements sur leurs lieux de vie : ils se sont dirigés vers les zones enflammées, risquant leur vie pour capter la vérité. Nombreux sont ceux qui ont été arrêtés, torturés, certains tués.
Par la suite, certains organismes ont commencé à soutenir ces cinématographes résistants par des dons matériels et financiers. Certains ont alors réalisé des films documentaires en s’appuyant sur des vidéos filmées auparavant.
Critique
Sous la dictature, la critique obéit aux humeurs de la censure et aux volontés des appareils qui la dirigent. Sa fonction dépasse rarement la surveillance des lignes rouges imposées aux créateurs.
La révolution et les œuvres qu'elle a produit ont été soumises à beaucoup de reproches sur lesquels on ne peut s'attarder. Mais elles ont aussi été le sujet de nombreux textes critiques solides et équilibres. C'est le signe de l'intérêt que portent les critiques à cette révolution et a ses œuvres.
Les artistes engagés dans la révolution, quelque soit leur importance, ou leur degrés d'engagement, doivent en conséquence accepter la critique artistique et la prendre au sérieux, et doivent se débarrasser des défauts de personnalisation et de sacralisation hérités de la dictature.
La révolution s'est tout d'abord levée pour la liberté et si la liberté signifie la propulsion de l'âme créatrice lavée du joug du censeur, elle signifie aussi la mise en route de l'esprit critique. Lui seul peut fuseler la création, l'encourager et la préserver de se perdre dans le marécage d'une nouvelle tyrannie.
Dessin
En Syrie, le dessin n'a pas suscité le même intérêt que la peinture, malgré l’existence de dessinateurs de reconnus internationalement, ayant en particulier travaillé dans la gravure.
Au côté de dessinateurs célèbres s'étant ralliés à la cause syrienne et ayant produit des oeuvres marquantes, la Révolution a encouragé de jeunes artistes – professionnels ou amateurs - à utiliser des outils variés pour dessiner sur toutes les sortes de surfaces disponibles, y compris celles touchées par les obus.
De même, certains programmes informatiques avancés ont servi à dessiner ou à retravailler des dessins disponibles sur la toile, et ont permis la production d’oeuvres respectables.
Mais indéniablement, ce sont les dessins d’enfants sur la Révolution qui restent les plus importants, car ils portent en eux les témoignages sincères et spontanés de l’ampleur des douleurs, des tristesses et des espoirs que vivent les Syriens. D'autant plus parce qu’ils expriment les rêves brisés d’enfants, dont l’avenir a été anéanti par la violence.
Entretiens exclusifs
Rencontres exclusives par La Mémoire Créative via 3 questions avec différents acteurs dans le domaine public concernant la révolution, selon le travail et la spécialité de chacun. Les invités sont choisis à l'occasion d'un nouvel évènement ou d'un nouveau projet.
Rencontres est une nouvelle catégorie lancée par La Mémoire Créative au milieu de l'année 2016.
Graffiti
Depuis l'apparition de l'écriture, les murs n'ont jamais été épargnés par les graphistes en tout genre, malgré les tentatives de contrôle de ce moyen d'expression par les autorités et les lois.
Le développement de l'écriture sur les murs - ou "graffiti" - comme biais de résistance à la censure et à l'oppression des autorités s'est fortement développé avec l'invention des bombes de peinture sous pression au début des années 60. Auparavant, seul le pinceau était utilisable mais il ne permettait pas une aussi bonne maitrise du trait que celle qu'offre instantanément la bombe.
Il existe deux types d'écriture murale :
-Le trait libre, qui demande des capacités techniques importantes.
-Le pochoir, qui consiste à remplir de couleurs une plaque cartonnée préalablement évidée, servant ainsi de trame aux textes et dessins.
Les graffitis ont accompagné la révolution syrienne dès ses premiers jours. La sécurité a d'abord poursuivi les graffeurs pour les arrêter. Désormais, ils ont pris le parti de directement leur tirer dessus.
Mais cela n'empêche pas aux écritures révolutionnaires de continuer d'apparaître, ici et là, partout et sur chaque surface, même sur les murs que les services de sécurité repeignent inlassablement en noir pour tenter vainement d'en dissimuler les messages.
C'est en Syrie que fut inventée l'écriture, comment la tyrannie peut-elle l'interdire?
Manifestations
Les manifs en tant que regroupements militants libres avec pour objectif d'exprimer une position par rapport à une cause ont totalement été absentes de la rue syrienne pendant les décennies de la dictature. Elles ont été remplacées par les “marches” qui furent les formes réservées de la vie politique durant cette période.
La participation d'une personne à une “marche” ne marque pas sa volonté mais plutôt sa soumission à celle, menaçante, des organisateurs. C'est à dire l'exact contraire d'une manifestation où la participation doit se fonder sur le principe du droit à l'expression libre.
Avec la révolution les manifestations ont retrouvé leur vraie nature, elles ont été l'expression de l'avidité d'en finir avec le régime tyrannique. Malgré le degrés inouï de violence avec lequel elles ont été contrées, les manifestations sont devenues le signe d'un pacifisme et d'une joie de vivre, une résistance face à la violence et au désir de mort, un détournement du mauvais œil, une fête populaire.
Les manifestations sont devenues avec le temps un défi complètement déséquilibré face à la réponse. Le régime n'a pas permit que se crée une place centrale de rassemblement, la révolution l'a donc remplacée par les places et les rues de tout le pays. Les points de rassemblement et de fête hebdomadaire se sont multipliés par centaines et il fut clair qu'un esprit nouveau s'était réveillé chez les citoyens: l'esprit de défi et de libération, un esprit qui a fait tombé la peur noire qui menait les participants aux “marches” du régime.
Mémoire
Tout ce que la Syrie a connu au cours de sa longue histoire donne lieu à mémoire collective, en cela se valent ses premières villes de terres avec la dernière production littéraire. En cela aussi se valent la période de la dictature et ses conséquences avec celle de la révolution et ses productions. Car la mémoire collective est indifférente mais l'histoire elle n'est pas neutre dans son rapport à cette mémoire.
C'est pourquoi la documentation de la mémoire collective est une étape essentielle dans la construction d'une mémoire qui résiste à la perfidie de l'histoire. Et pour réussir en cela il faut se pencher sur les expériences des autres peuples, non seulement pour les comparer mais aussi pour en tirer les leçons et éviter les eccueils.
Le monde entier témoigne de la grandeur de la révolution syrienne et admire ses œuvres qui sont le lieu de la mémoire collective de la Syrie de demain.
Pour que l'histoire soit juste avec cette révolution nous nous devons d'archiver sa mémoire.
Murs
Dans les années 1920 est apparu au Mexique un phénomène artistique révolutionnaire appelé "muralisme", dont les maitres étaient Diego Rivera, José Clemente Orozco, et David Alfaro Siqueiros. Le muralisme est né de la volonté de détruire le musée et de déplacer les peintures vers les lieux publics ouverts, en revendiquant la nécessité de représenter des idées révolutionnaires populaires. Cet art fut popularisé grâce aux propos de Trotsky en 1938: «Voulez-vous savoir ce qu’est l’art révolutionnaire? Regardez les murs de Riviera». Le muralisme est devenu une forme d’expression contestataire ou révolutionnaire dans le monde entier, et s’est développé notamment le long du mur de Berlin, de sa construction en 1961 jusqu’à sa chute, au Portugal lors de la Révolution des Œillets en 1974, puis sur le mur de ségrégation en Palestine… et enfin sur les murs des villes et des villages où la Révolution syrienne s’est enflammée. On ne peut pas parler de style syrien des murs révolutionnaires, mais son développement considérable en fait une forme essentielle d’expression artistique dans ce contexte.
Musique et Chant
La musique, comme le reste des champs créatifs en Syrie, était muselée par les autorités. Les compositeurs de “Heavy métal” par exemple prenaient le risque d’être jetés en prison pour “adoration du diable”. On peut dire que la musique a accompagné les slogans des manifestants dès les premiers jours de la Révolution, en adoptant les rythmes du tambour et des manifestants frappants des mains. Mais elle s’est rapidement développée en exploitant de nombreux genres musicaux. Dans le genre de la chanson populaire, on peut distinguer trois sortes de chants: 1- le chant qui emprunte une musique traditionnelle ou populaire, adaptée avec des paroles révolutionnaires. C’est le genre le plus répandu et le plus repris dans les manifestations. 2- Les chansons nouvelles, composées par des artistes connus ayant tranché leurs positions vis-à-vis de la révolution. 3- Des chants collectifs composés par des groupes d’amateurs et diffusés sur les réseaux sociaux et les chaines télévisées solidaires. En ce qui concerne les genres musicaux occidentaux, de nombreux groupes sont apparus et ont proposé des œuvres apparentés au jazz, rap, hip-hop, pop, rock… De même ont été composés des morceaux de musique classique, parfois inspirés des mélodies des manifestations. Des artistes étrangers ont aussi écrit et offert des morceaux au peuple syrien.
Peinture
En théorie, la peinture diffère du dessin par l’utilisation de couleurs brutes, mais dans la pratique les frontières entre ces deux arts ne sont pas évidentes.
La peinture en Syrie a atteint une place importante dans l'espace régional et dans le monde arabe. Certains peintres syriens sont connus mondialement. Un grand nombre d’entre eux a été poussé à l’exil à cause de la marge réduite de liberté dans le pays.
Avant la révolution, de nombreux artistes syriens reconnus étaient considérés comme des opposants au régime, mais une partie non négligeable d’entre eux ont choisi la neutralité au début de l’insurrection. Certains ont choisi de partir pour d’autres pays afin d’y poursuivre leur travail, comme si de rien n’était dans le quotidien syrien. En contrepartie, la révolution a affermi les positions anti-régimes d’autres artistes. Certains ont dû supporter l’exil, la surveillance, l’emprisonnement et la torture en raison de leur engagement.
Les artistes engagés dans la Révolution ont traité de sujets nouveaux, que les changements dans le pays ont soulevés : la violence monstrueuse, la destruction, les martyrs… Certains ont élaboré de nouveaux outils pour exprimer ces sujets.
Au côté des genres de peinture académiques, d'autres, plus spontanés (comme la peinture numérique), se sont imposés dans les espaces publics et les nouveaux médias. Elles font désormais partie intégrante du musée de la peinture syrienne.
Photographie
L’appareil photo est dans la révolution une arme tout aussi importante que les autres. Ainsi, le port de cet appareil est devenu si dangereux qu’il expose le photographe au risque d’être arrêté ou tué par une balle de sniper. Parmi les plus célèbres photos de la Révolution syrienne, il y a celle de cet appareil photo noyé dans le sang du photographe qui s’en servait à l’instant où il a été tué.
La photographie a joué un rôle crucial dans la Révolution : elle a été le moyen de contrer la politique médiatique du régime dès le début des manifestations. Cette dernière s’appuie sur trois éléments: 1- le blocus médiatique complet de la zone de contestation, 2- la monopolisation de l’information par les services de sécurité, de façon à filtrer ce qui n’ait pas autorisé, 3- la politique du “marteau” médiatique qui se base sur le rabâchage d’un seul et même discours de manière à priver celui qui le reçoit de toute possibilité de concevoir une opinion différente.
Au départ, le “témoin oculaire” fut le premier à enfreindre cette politique. Mais la photographie a apporté ce que le simple discours oral ne pouvait pas transmettre, le document visuel concret. Les centaines de mots ne peuvent pas transmettre l’image de la destruction des villes, ni celle d’un enfant pleurant ses parents, tel que peut le faire une photographie.
Le rôle de la photographie ne se résume pas à l’information. De nombreux photographes professionnels ont créé des compositions dans leurs studios, exprimant à travers des outils artistiques remarquables la Révolution et les instants qui la concernent.
Publications en ligne
Le rôle des moyens de communication moderne n’est plus un secret dans le mouvement du Printemps arabe. Et la révolution syrienne ne fait pas exception à la règle malgré le relatif retard de la société syrienne dans les nouvelles technologies.
L’espace virtuel fut utilisé pour s’opposer au régime avant même le début de la révolution. Les formes de diffusion se sont développées jusqu’à devenir, avec l’ampleur de la répression, la principale scène d’expression, d’échange de points de vue et d’information. Parmi ces formes, les vidéos diffusées sur YouTube et qui sont très souvent des témoignages visuels exceptionnels sur des événements réellement survenus. Parmi ces vecteurs d'information, on trouve également, les publications de groupes sur Facebook, dont certains se sont spécialisés dans la diffusion de certains types d’informations comme la vie publique ou les instructions en situation d’urgence. Certains organisent aussi des forums de discussion autour d’un sujet précis ou d’une personnalité publique. On trouve aussi sur cette toile virtuelle des groupes organisés civilement et politiquement, qui ne trouvent aucun autre moyen de s’exprimer publiquement. Ils y publient leurs communiqués et leurs analyses. Mais la forme la plus courante de ces publications virtuelles reste le “post” qu’on accroche au “mur”. Elle va de la plus raffinée des formules aux plus basses insultes.
Le monde virtuel a servi la révolution, mais il représente à lui seul une révolution dans les mécanismes anciens de réflexion et de coopération dans le travail et la résistance.
Publications papier
On peut classer les principales formes de publications de la révolution imprimées sur papier ainsi:
1-Les coupons ou confettis : ce sont des petits papiers découpés portants les slogans de la révolution. Leur très petite taille permet de les transporter secrètement jusqu’au lieu et à l’instant où ils doivent être lancés, souvent sur les places publiques et les marchés.
2-Les tracts : le tract est le mode d’information direct le plus répandu et le plus ancien au monde. On trouve en général sur les tracts des communiqués reflétant les idées d’un groupe ou des appels à manifester… Ils circulent par la transmission de main en main ou par affichage sur les murs.
3-Les bulletins d’information : ou ce qu’on appelle la presse révolutionnaire. L’impression de ces bulletins, à parution régulière ou non, se fait généralement avec des budgets réduits, en noir et blanc, et bien sûr dans des conditions de clandestinité extrême.
4-Les livres : on peut dire que les livres parus sur la révolution syrienne sont très nombreux proportionnellement au nombre annuel de livres traitants des causes du monde arabe. Mais bien sûr, tous ces livres sont publiés à l’extérieur du pays, et dans diverses langues.
Radio
Il existe de nombreuses chaînes de télévision qui défendent la révolution syrienne, mais cette dernière n’avait pas à ses débuts de chaîne de radio parlant en son nom. Certains groupes de jeunes ont souffert de ce manque et ont créé leurs propres radios, pour un coût très modeste, diffusant sur Internet, mais à certaines heures seulement.
Ces radios se sont particulièrement penchées sur les sujets qui reflètent la vie sous la révolution. Plutôt que de transmettre les informations de terrain, elles diffusent des émissions culturelles et sociales dans une langue simple et proche des gens. La quasi-totalité de ces nouvelles équipes radio est constituée de jeunes activistes des premières heures très pacifiques de la révolution.
Sculpture
Avec l’arrivée de la modernité dans la région au début du 20ème siècle, la sculpture s’est de nouveau développée après une longue absence, due au règne de la culture musulmane qui combattait ce genre artistique en particulier.
Avec la fin du culte du parti unique en Syrie et le début de celui de la personne - plus exactement entre 1973 et 2000, les statues d’Assad père sont devenues un élément visuel prédominant des espaces publics. Chaque monument officiel se devait d’exposer un buste, si ce n’est une statue en pied, du “chef éternel”.
L’objectif oppressif de ces monuments et statues est d’influer directement sur la mémoire des citoyens. Et ce dans le but de rendre effective l'existence du chef et de concrétiser ainsi sa volonté d'omniprésence.
La sculpture n’est donc pas un art ayant fleuri durant la Révolution, malgré les nombreuses oeuvres de sculpteurs expérimentés ou amateurs dans tous les domaines de la sculpture : taille, modelage, assemblage, moulage, etc. La raison en est que la pratique de cet art suppose l’existence d’un espace où le sculpteur peut travailler ou exposer son travail en sécurité.
En revanche, on peut dire que la destruction de monuments et de statues constitue un trait marquant de la Révolution qui a voulu libérer l’espace public de stigmates de l’oppression, en attendant qu’y soient élevés des monuments à la Liberté.
Théâtre
De nombreux activistes, anciens élèves de l’Institut supérieur d’Art dramatique, ont brillé au cours de la révolution. Mais la production théâtrale dans la révolution n’a pas été à la hauteur de sa réputation dans le passé syrien, et n’a pas rivalisé avec les activités résistantes extrathéâtrales de ces artistes engagés. C’est sans doute à comprendre par la nature même de l’oeuvre théâtrale. Le théâtre suppose l’existence d’un espace sécurisé pour un groupe de personnes durant une période donnée de temps. Et ces conditions n’existent pas dans la révolution. Le théâtre est aussi un art à réaction lente, il n’entre pas en interaction directe avec les événements et les changements subits de la vie.
Malgré tout, on trouve en Syrie quelques expériences rares. D’autres, en plus grand nombre, ont été mises en scène dans des pays d’accueil par des artistes ayant fui la violence du régime, ou cherchant simplement un espace sûr permettant leur travail.
Parmi ces expériences, on se doit de citer cette forme simple, mais si importante, de travail théâtral avec les enfants que de jeunes bénévoles ont organisé dans les camps et les centres d’accueil des familles syriennes réfugiées.
Timbres
Le premier timbre au monde parut en 1840 et représentait la reine Victoria. Depuis, l’usage a été de publier des timbres représentants des rois ou des chefs d’État. La proportion de ce type de timbres augmente sensiblement dans les régimes dictatoriaux, où le dirigeant se valorise à chaque grande occasion ou évènement important par la production d'un timbre spécifique à son effigie. Avec le début de la Révolution, des militants ont commencé à éditer des timbres qui lui sont dédiés, similaires dans leur forme et leurs couleurs aux timbres commémoratifs officiels.
Ces timbres représentent un répertoire visuel rappelant les principales étapes par lesquelles est passée la Révolution, et rendent hommage à certaines de ses personnalités importantes, qu’ils soient martyrs, activistes, ou citoyens ordinaires ; syriens ou non. Leurs paroles ou leurs actions ont marqué les esprits. Mais ces timbres ne se sont pas devenus réels et palpables, car ils n’ont pas été imprimés. Ils sont restés virtuels, se partageant uniquement sur la toile. Que l’occasion se présente de concrétiser leur impression ou pas, ces timbres resteront une forme importante de résistance artistique et pacifique dans la Révolution et des témoins essentiels d’une grande partie de sa mémoire.
Vidéo
Il n’est pas aisé de déterminer précisément un champ créatif spécifique à la vidéo, ses usages s’étant mêlés à d’autres arts, en particulier au cinéma. On trouve par exemple des films cinématographiques utilisant les techniques de la vidéo, et des vidéos ayant recours aux techniques artistiques réservées au cinéma.
La vidéo est très présente dans la révolution syrienne, notamment parce qu’elle permet un enregistrement plus précis, et donc une diffusion de meilleure qualité sur Internet, plus particulièrement sur YouTube, ainsi que sur les chaines télévisées satellites. Nous pouvons donc - en nous autorisant une simplification académique - ranger toutes les scènes filmées avec autre chose qu'une caméra de cinéma ou qu’un téléphone portable dans la catégorie des créations "vidéo".